Bon, vu le succès fou de la version pdf, la voilà intégrée au forum
Mangakit le mode d'emploi
-Article 1-
Si vous lisez ceci, c'est certainement que vous aimez les mangas. Vous en avez déjà lus (quelque-uns, beaucoup, un grand nombre, tout pleins, rayez les mentions inutiles ^^). Et voilà, un jour vous avez décidé de franchir le pas, de raconter aux autres une histoire, de leur faire partager votre univers. Parce que les plus belles histoires sont celles que l'on partage [Bracier cogitum : ''envolée lyrique''... ça c'est fait...].
Mais bon, monter sa propre histoire est plus vite dit que fait. Vous avez déjà franchis la première étape, vous vous êtes lancés. Vous avez choisi ce que vous vouliez écrire comme récit (j'emploie récit pour les scripts de BD aussi). Vous avez une trame de fond, une intrigue principale et des personnages principaux (pas encore ? Tant pis, lisez quand même, ça vous donnera peut-être des idées

) Vous voilà à l'étape des personnages secondaires. Et là c'est le drame. Comment choisir les caractéristiques d'un personnage de support, en fonction de son rôle et de son importance dans l'histoire ? Quelles sont les caractéristiques indispensables pour que l'adjuvant soit efficace, fasse avancer l'histoire et plaise au publique ? Y a-t-il une recette pour créer des personnages en harmonie ? (harmonie interne, avec le cadre, avec les autres protagonistes)
Sans prétendre être un spécialiste du domaine, voici une sorte de petite ''méthode'' pour créer des personnages secondaires de manga/manwha (je ne sais pas si ça s'applique aussi aux comics). Je l'écris après quelques années passées à lire un peu de tous les genres qui existent. Elle n'est pas parfaite car il est impossible de décrire rapidement et complètement toutes les possibilités qui existent. Mais elle devrait pouvoir vous permettre d'enrichir efficacement une première histoire, voire même de créer totalement le casting d'un manga-harem (genre le plus facile à mon avis sur le plan scénaristique)
I Les personnages secondaires : définition, rôle et intérêtJ'appelle personnage secondaire, ou adjuvant, tout personnage qui n'est pas au centre de la narration. Il faut faire attention à ne pas confondre l'adjuvant avec un personnage principal noncentral. Par exemple, dans un triangle amoureux il y a 3 personnages principaux, même si (trop) souvent seuls deux sont au centre de l'histoire qui n'est vécue qu'à travers eux. Le troisième doit avoir sa narration tout aussi complète même s'il n'est pas au centre de l'histoire. Par contre, il peut y avoir toute une kyrielle de personnages secondaires dont les rôles dans l'histoire et l'impact sur les protagonistes sont extrêmement variés. Cela va du compagnon à l'ennemi en passant par la famille, les voisins, etc.
Le rôle du personnage secondaire est de mettre en valeur les évènements narratifs de l'histoire : actions décisives, évolution psychologique, choix, etc. Ils ne portent pas l'histoire sur leurs épaules mais ils la régulent. Sans eux le lecteur serait livré à lui-même devant une histoire brute, sans forme. Ils servent de tampons pour éviter les excès inutiles, ou comme je l'ai écrit plus haut, de révélateurs d'une multitude d'aspects de l'histoire. Ce n'est pas eux qui font l'histoire, mais c'est aussi grâce à eux que le lecteur arrive à profiter de sa lecture. En même temps, si les personnages primaires sont souvent constitués de telle sorte que le lecteur s'identifie à eux, les personnages secondaires peuvent aussi contre-balancer cet effet en installant par leur présence une distance entre le lecteur et le texte. Cette distance, très importante, est différente selon le style de narration et le thème choisi. Elle peut beaucoup jouer sur le succès de votre production.
A ce stade je pense que vous commencer à comprendre l'intérêt de construire attentivement tous (!) vos personnages. Alors pourquoi séparer des primaires des secondaires me direz-vous ?
C'est une bonne question, dont la réponse n'est pas évidente. En fait, un personnage secondaire n'aura -et ne devra surtout- jamais avoir la complexité et la densité d'un personnage principal. Pour votre usage vous pouvez décrire tout son contexte, sa vie, ses attentes et ses espoirs. Mais cela ne doit pas apparaître dans votre histoire entièrement, ou alors à dose homéopathique (utile si vous prévoyez de dépasser des 4 tomes de 200pages chacun, ou l'équivalent en livre).
La première règle est :
Le personnage secondaire n'a de vie que par rapport au personnage principal ! Si vous négliger cet aspect et que vous franchissez la limite, il en résultera une narration brouillon, qui s'éparpille dans tous les sens, et pas très agréable pour votre lecteur.
Pour note, vous pouvez lire la série Tokyo Crazy Paradise de Yoshiki NAKAMURA, dont la narration souffre beaucoup de ce défaut. On sens bien qu'elle veut partager avec nous toutes les facettes de ses différents personnages mais elle le fait en un bloc ce qui baisse l'intensité de sa trame principale. Dans sa série suivante elle corrige ce défaut ce qui donne Skip beat! (quand même). Si vous aimez vraiment vos personnages secondaires (ce que je vous souhaite), faites-leur des chapitres à eux, où ils seront les héros de leur propre vie. Ces histoires-là ont aussi beaucoup d'intérêt pour les fans. Elles enrichissent positivement l'univers de l'histoire centrale, alors que mélangées à l'intrigue elles le dilue.
II Combien de personnages secondaires ?La deuxième règle à suivre c'est :
Un personnage pour une action. Cela ne veut pas dire qu'il faille un nouveau jeu de personnages à chaque chapitre, loin de là, ni qu'un intervenant doit être limité à une intervention unique. Seulement, en continuation avec la règle une, il faut agir avec modération. Un personnage peut très bien être l'allié du héros 1 et l'ennemi du héros 2 et un membre de la famille du héros 3 (exemple au hasard). Il faut juste veiller à ne pas lui faire toucher à tout. En
général le personnage secondaire basique sert un but et un seul : partenaire d'un autre personnage, action de soutien ou de déstabilisation, élément perturbateur, acteur d'une péripétie, etc. Les personnages secondaires plus élaborés existent aussi. Il peut s'agir d'un ami, qui peut devenir un ennemi, ou alors d'une personne du passé qui continue d'influer par ses actes le/les
personnages principaux. Par contre ils demandent une plus grande attention car leur participation est récurrente dans l'histoire. Attention donc, notamment si vous créez un protagoniste au passé tourmenté, car les acteurs de ses traumatismes, même s'ils ne sont pas présent au moment de la narration, doivent être plausibles ! Le dernier degré de personnage secondaire est le type ''colocataire''. Il est toujours présent autour d'un héros (soit ils vivent ensemble, soit c'est le meilleur ami, j'en sait rien moi ! ^^). Il faut faire attention car du fait de sa grande présence il peut passer pour un personnage principal. Pourtant c'est cette catégorie qui justement doit être la plus effacée sinon on n'arrive plus à se concentrer sur l'essentiel.
En bref, il y a souvent 1 à 2 personnages de rang 1 par péripétie, un bon nombre de rangs 2 récurrents à l'intérieur d'un arc et 1 voire à la limite 2 de rang 3 par héros. Cela fait un sacré paquet de personnages ! Soyez donc vigilants à ne pas tomber dans une trop grande profusion qui plongerait votre lecteur dans une encore plus profonde confusion.
Note : une astuce est de cumuler les attributions d'un personnage, ou de faire agir un personnage principal comme vous auriez voulu que le secondaire le fasse. C'est très utile pour toutes les histoires autres que les grandes fresques et les shônens qui sont des thèmes propices à la multiplication des intervenants.
III Créer un jeu de personnages secondaires : la méthode chromatique 1) Problématique et utilité de la méthodeEntrons enfin dans le vif du sujet : comment réaliser facilement un ensemble cohérent de personnages secondaires. J'ai appelé très poétiquement cette démarche la « méthode chromatique ». Pourquoi chromatique ? Vous avez déjà dû remarquer que sur les illustrations couleurs des mangas les personnages ont des cheveux, des sourcils, des yeux de toutes les couleurs de l'arc-en-ciel. La raison première est un malentendu amusant : au début les dessinateurs japonais trouvaient ça tendance car ils croyaient que c'était ce que l'on faisait en France ! A leur décharge, nous avons un panel de teintes naturelles plus vaste que le leur, c'est vrai. Mais nous sommes dans un univers graphique, il serait naïf de croire que le choix des couleurs est anodin et ne relève pas d'une symbolique. La méthode que je vais vous décrire utilise le même mécanisme, mais à l'envers ! C'est
à dire qu'au lieu de choisir une couleur adaptée au caractère du personnage, nous allons créer et équilibrer les personnages d'après la symbolique que contient leur « couleur-type » (ou ''totem''). L'idée vous laisse septique ? Alors je vais d'abord commencer par les points faibles de cette méthode, comme ça si vous n'en voulez vraiment pas vous n'aurez pas à lire la suite (mais ce serait dommage au vu des efforts que je fais pour vous

). Cette méthode s'adresse à des débutants qui ne
savent pas trop par quel bout prendre ce problème des adjuvants dans leur histoire. Ou alors à ceux qui ont une intrigue mais qui cherchent à l'équilibrer. Vu que c'est une méthode, elle obéit forcément à des règles. Donc si vous avez déjà votre propre manière de concevoir vos histoires, ou si vous le faites à l'instinct en se basant sur vos perceptions (je ne dis pas que c'est mal, au contraire, si ça vous réussi vous avez mon respect

) vous serez peut-être en désaccord avec la suite de mon exposé. Aussi, je ne me suis pas assuré que le principe marchait pour tous les types de scénarios et toutes les relations inter-personnages. Il me faudrait des années, et même-là il y aurait encore des exceptions qui viendraient perturber mon système. Dernière chose que je rappelle : je ne suis pas un professionnel ou un étudiant en arts, je vous livre simplement mes trouvailles de simple lecteur.
2) Description du cercle chromatique
La méthode se base sur l'utilisation d'un cercle représentant les grandes couleurs du spectre visible (merci à Yoh pour m'avoir passé l'image de base). Le cas du blanc et du noir sera abordé par
la suite.
• Le triangle au centre du cercle représente le personnage principal (vous vous souvenez de la règle 1 ?

• Puis nous avons les trois couleurs primaires auxquelles j'ai attribuées des éléments que nous décrirons plus bas.
• La deuxième couche représente le type de relation qu'entretient le personnage avec son entourage. Pour chaque élément deux orientations sont plausibles. (la troisième possibilité sera vue dans la quatrième partie)
• La dernière couche correspond aux « couleurs-totem » qui caractérisent le personnage.
3) Déterminer les caractéristiques d'un personnageEn général l'auteur connait son personnage et va donc du centre vers la périphérie pour donner à son personnage la touche finale graphique, la « couleur-totem ». Mais comme nous partons à la recherche du personnage, nous allons faire le chemin inverse. Pour que cela soit possible, je dois d'abord vous expliquer le sens traditionnel, pour nous ferons des constructions
inversées.
a) Les élémentsJe les ai choisis de manière arbitraire, mais ils couvrent bien l'immense majorité des personnages existants pour les secondaires et même une grande majorité des personnages principaux !!!
• L'élément
Soleil tout d'abord : ce n'est pas à moi de vous faire une longue explication sur la
symbolique du soleil, google ou un dictionnaire des symboles le feront beaucoup mieux. Il s'agit de personnages au caractère légers, agréables, qui peuvent s'adapter à toutes les situations et toutes les personnalités. (Très utilisés pour les héros et héroïnes des histoires à personnage principal unique)
• L'élément
Feu ensuite : ce sont des caractères passionnels, qui s'investissent énormément tant sur le plan émotionnel que physique (pour vous illustrer le principe, les types charmeurs ont régulièrement du rouge comme couleur dominante dans leur dessin)
• L'élément
Mer enfin : la seule couleur froide. Elle rassemble les caractères qui ont une attitude plus distante vis-à-vis des autres, plus axée sur eux-même.
b) L'orientationChaque élément peut avoir deux types de rapports aux autres différents sur les trois possibles. Bien sûr vous pouvez toujours utiliser le troisième mais il faut être sûr de soi et savoir comment manier ce personnage légèrement schizophrénique.
• Extraverti : le personnage est tourné vers les autres, facile d'accès et facétieux pour un Soleil ou encore tendre et chaleureux pour un Feu.
• Calme : Il s'agit des dispositions déjà plus passives, observatrices, qui ne s'ouvriront aux autres que par après ou resteront en retrait de l'action. De nombreux personnages typés ''intellectuels'' ont cette orientation.
• Introverti : concerne les personnages timides, mélancoliques, ou qui ont le spleen. Attention on y retrouve aussi tous les personnages qui ont subis un traumatisme, quel que soit leur élément et leur orientation naturelle, mais il ne s'agit pas d'une orientation véritable. C'est juste un moyen efficace de rendre l'histoire plus intéressante comme nous le verrons après.
c) La couleur-totemVous voilà arrivé sur la dernière bande, où vous effectuez le dosage des différents éléments et orientations. Vous obtenez une couleur-totem, qui représente en une information l'ensemble du caractère de votre personnage. Fascinant, non ? Pas besoin de descriptions détaillées, quelques notes (contexte et situation générale), un chara design efficace et votre personnage est presque complet.
4) Nommez le personnageUn autre casse-tête, cette histoire de nom ! Avez-vous déjà essayé de nommer un personnage ? Moi oui, et je ne suis pas très doué à cet exercice-là... C'est plus compliqué que de parcourir un calendrier.

Un jour j'avais même mis un post sur le forwom avec quelques façons délirantes de trouver des noms. Maintenant regardons comment faire pour trouver des appellations japonaises convaincantes grâce à notre échelle.
Le principe reste toujours simple : on utilise
• le nom japonais de la couleur-totem
• ainsi qu'un mot japonais en rapport avec ses qualités ou défauts ou sa situation.
• On enlève et/ou rajoute quelques lettres par-ci par-là pour que cela sonne bien à l'oreille et le tour est joué !
• Je vous montre ? Allez, avec simplement le diagramme et un dictionnaire en ligne : prenons un personnage féminin ''Feu'' qui est presque aussi ''calme'' que ''extraverti''. Pour utiliser un cliché, c'est le type de fille précieuse maladroite dont le manoir est sur une colline.
J'obtiens : rouge = akai ; princesse = hime ; maladroite = setsuretsu. Son majordorme la présente aux protagonistes comme Setsujima Akane Hime-sama. Voilà, c'est pas beau tout ça !? (même si l'exemple est bateau

)
5) Construire un deuxième personnageBah oui, même si c'est magnifique un personnage secondaire fini-tout-propre-tout-beau, l'idée est quand même d'en réaliser plusieurs et d'en faire un ensemble intéressant qui tienne la route.
A la base il y a deux possibilités de réaliser des personnages multiples :
• soit ils interagissent entre eux avant de connaître le protagoniste qui va donc jouer sur leur
relation et vice-versa.
• soit ils se rencontrent par le protagoniste.
◦ Rappelez-vous le principe 1 !
Dans le premier cas (à gauche) ils se connaissent et ont une proximité possible car leur caractères sont compatibles, donc que leur couleur-totem est suffisamment proche pour qu'on puisse les relier d'un trait sans passer par le personnage principal.
Dans le deuxième cas ils (et elles, je ne l'écrit pas mais c'est toujours sous-entendu) ont des caractères et des situations trop différentes, leur rencontre est liée au protagoniste.
Et s'il s'agit d'ennemis(ies) ? Et bien soient les deux se ressemblent et sont en conflit, soient elles sont en conflit mais suffisamment différentes pour s'ignorer et leur animosité ne fait jour dans l'histoire que par la mise en relation avec le héros/l'héroïne (pas sous forme poudreuse qui a plutôt tendance à apaiser les tensions ^^). Mais dans ce dernier cas il n'est pas improbable que le conflit préexistait à la rencontre avec le héros.
6) Sets multiplesPassons à l'étape suivante, la mise en place de jeux plus complexes de personnages. Là encore on utilise les deux associations possibles. C'est ici que la notion d'harmonie prend place et devient capitale dans la gestion des personnages afin de faire évoluer l'histoire dans le sens voulu.
a) ensembles homogènesLes différents protagonistes se connaissent entre eux (figure de gauche) et leurs rapports sont chamboulés par le personnage principal. Ou alors ils sont tous mis en relation par lui/elle (figure de droite).
b) ensembles hétérogènesDans le cas présenté sur ce schéma les personnages 1 à 5 se connaissent avant (membres d'un même groupe auquel s'intègre le personnage par exemple). Les membres 6 et 8 et 8 et 7 se connaissent par avant. Mais 6 et 7 vont se connaître par le héros qui va aussi croiser 8 à un moment où à un autre.

• Prenons le cas d'une comédie romantique scolaire : Le personnage principal (0) est une fille.
1-5 sont des membres de la classe. 6(garçon) et 8(garçon) sont dans le même club de sport,
7(garçon) et 8 sont amis d'enfance. 8 est le capitaine du club – idole de l'école qui va essayer
de conquérir le coeur de 0, qui est partagée entre 6 et 7.
Attention à bien déterminer le statut de 6 et de 7, s'ils deviennent personnages principaux il faudra compliquer l'histoire en leur
faisant un diagramme à eux aussi !
• Pour un shonen lambda à dimension militaire : 1-5 sont des membres de l'unité de méchas
dont 6 est le capitaine. 7 est un diplomate-agent de renseignement, frère de 0 et 8 le
responsable de la base pouvant par exemple être un gradé de l'armé rejoint par le héros.
• Osez me dire que ça ne vous rappelle aucun anime ou manga ! ^^
7) Notion de lignes de force et d'harmonieC'est bien beau de faire des petits traits partout avec Paint, mais encore faut-il savoir comment on les fait. Par exemple, quelle est la différence entre le schéma ci-dessous et celui de gauche du paragraphe 6.a) ? C'est simple, celui qui a une forme géométrique régulière paraît plus harmonieux, non ? (oui j'écris paraît, car je l'ai fait à la va-vite ^^) Sur ce schéma on peut distinguer une orientation particulière des rapports qui forment une « ligne de force ».
La troisième règle est que
l'harmonie de la figure dessinée par vos personnages est en rapport direct avec la stabilité, la cohérence de votre histoire. Des mélanges de personnages improbables ne conduisent en général pas au succès d'une première histoire (où alors vous êtes doué(e)!). Ils sont de plus beaucoup plus difficiles à manier car leur champs d'actions se chevauchent ou sont trop éloignés. A la fin vous vous enlisez et ne savez plus comment continuer.
Et bien si vous désirez introduire différents personnages simultanément, la meilleure manière consiste à créer une figure harmonieuse sur le cercle chromatique lorsque vous reliez leurs points de relation. Ainsi pour un groupe de 6 personnes on préférera ce genre de disposition :
Maintenant supposons que vos personnages forment quand même une situation inharmonieuse mais que vous désiriez les garder. La solution est simple, il suffit d'introduire un personnage supplémentaire pour modifier la structure, donc les rapports entre les personnages et donc au final stabiliser votre construction narrative. Vous avez modifié votre ligne de force.
Encore plus poussé, étendons le principe au personnage principal. Il peut modifier les lignes de force tout comme les personnages secondaires. Et les personnages secondaires peuvent équilibrer les lignes de force entre les différents protagonistes. Prenons l'exemple du fameux triangle amoureux. Vous souhaiteriez intégrer une telle situation à votre histoire mais ne savez pas quels caractères forment le meilleur mélange. A gauche une possibilité qui est globalement parfaite :


Mais en général la situation n'est pas aussi basique, sinon cela serait vite répétitif et ennuyeux. On peut donc commencer par la situation de droite. Ensuite pour pimenter la situation et rétablir l'équilibre on introduit un personnage secondaire de rang 2, donc avec une bonne implication et une apparition régulière pour arriver à ce résultat, plus stable d'un part, mais aussi plus complexe et donc plus intéressant !

Voilà, vous savez maintenant comment créer tout un casting divers et varié de personnages pour votre histoire. Je n'ai énoncé que les principes de base avec des exemples simples, mais les possibilités ne sont limités que par votre imagination !
IV Pour aller plus loin : 1) Changer les données du cercleSi vous voulez utiliser cette méthode mais qu'elle ne vous convient pas totalement, n'hésitez pas à changer les catégories, les symboliques rattachées, à faire des mélanges, à ajouter des détails, des adjectifs, etc. Tant que vous prenez du plaisir à imaginer vos personnages et que vous apprécier de les découvrir, vous réalisez à mon avis l'essentiel du travail de tout auteur, amateur ou professionnel.
2) Le cas des constructions inharmonieusesRéaliser une construction inharmonieuse peut d'avérer utile lorsque l'on veut donner exprès un effet bancale, précipité, à l'histoire. Par exemple réaliser une histoire équilibrée puis supprimer momentannément un personnage peut mettre en relief tout le récit en ajoutant au suspens. Le lecteur aura le sentiment qu'il lui manque un élément pour pouvoir ''ingérer'' l'histoire, ce qui le maintiendra en haleine. Par contre la difficulté est assez élevée, et ce qui pourrait passer pour du suspense peut
très vite se transformer en impression que l'auteur ne maîtrise pas sa narration.
=> A utiliser avec précaution !
3) Les personnages doublesLa quatrième règle dont je n'ai pas parlé dans la partie précédente est de toujours laisser au-moins une case de libre entre deux personnages sur le cercle chromatique. Évidemment à partir d'un certain nombre de personnages cela devient problématique mais il vaut mieux éviter autant que faire se peut de créer plusieurs fois la même personnalité.
(Pour note, les groupes de délinquants ou de fans hystériques comptent pour 1 personnalité voir pour rien dans cette méthode, parfois ils ont valeur de simples éléments du décors qui peuvent, au même titre qu'une colline, présenter une difficulté et un problème variable pour le héros)
Par contre une solution assez pratique est d'utiliser les cases connexes à celle du personnage pour placer les personnages secondaires de 3° rang ou les personnages tertiaires comme la fratrie par exemple quand elle n'intervient pas particulièrement dans le récit.
4) Le noir et le blancVous l'avez sûrement remarqué, dans mon exposé sur les couleurs j'ai totalement ignoré le noir et le blanc. C'est parce que ces deux couleurs ont des valeurs spéciales. Elles expriment un rapport au lecteur, et non entre les personnages.
• Le noir est la couleur la plus fréquemment utilisée pour les personnages principaux au niveau graphique car c'est la plus répandue sur Terre (et la seule naturelle au Japon ?). Cette couleur permet un effet d'identification maximale et est utilisée pour tous les caractèrestotems excepté le ''jaune pur'' (à ma connaissance). D'autre part un caractère noir n'existe pas
car il représenterait le néant, donc l'absence de caractère.
• Le blanc est justement l'inverse du noir. De mauvais augure au Japon, il est la couleur des personnages dont on ne sait rien, les plus mystérieux et/ou inquiétants. Ces personnages sont ceux dont le lecteur se sent le plus distant. Pour la même raison que le noir il n'est pas utilisé pour exprimé les rapports entre les personnages.
5) Tsundere, bishonens et traumatisésIl s'agit des catégories de personnages schizophréniques. Ils sont plus difficiles à manier car leur mise au point n'est pas linéaire comme pour les autres protagonistes (càd couche 1 puis 2 puis 3, baptême, mise au point graphique et c'est fini).
• Les traumatisés sont les plus simples à réaliser. Il suffit de les mettre au point normalement puis d'ajouter à leur caractère la dimension introverti(e) le temps que durera le traumatisme. D'ailleurs il y a souvent un autre personnage de soutien qui se rappelle d'avant le traumatisme. Pas besoin de changer obligatoirement le graphique.
• Les tsundere et bishonens sont difficiles à manier mais intéressants sur le plan narratif. Car ils ont à la fois un caractère sombre et chaleureux, leur panel d'action est beaucoup plus variés. Cependant les utiliser ne demande pas seulement une parfaite maîtrise des personnages, il vous faudra aussi gérer parfaitement les conditions dans lesquelles s'expriment les différentes parties de leur personnalité, ce qui demande un travail précis du scénario.
CONCLUSION :Voilà pour ce premier article de Mangakit. La méthode du cercle chromatique est une bonne astuce pour éviter les impasses narratives. J'espère qu'elle vous sera utile.